Samonios

Samonios, fête de Samain.

Samonios (Samain).

Une nouvelle Samain arrive, un instant de plus dans l'infini temporel. La roue du temps tourne et nous ramène inlassablement au seuil de la partie nocturne de la vie terrestre. Encore une fois, nous allons sombrer dans les lunes d'hiver pour puiser les forces qui se trouvent au dedans tandis que l'expression de la nature s'éteindra en apparence pour s'étendre au ralenti. Chaque année apporte son cortège d'imprévus au gré d'une évolution lente qui forge le destin d'une humanité aussi arrogante que fragile.

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Cernunos et quelques autres divinités président le passage de cette extinction des forces de lumière. Je laisse aux connaisseurs le soin d'effectuer rituels et libations conformes à cette fête. Il est important de garder le lien fraternel ultime entre druidisants, un peu comme on se dit bonne nuit avant de regagner son lit. Rares sont les adeptes pouvant disparaître sans traces, ni au revoir. Mais le rouge gorge qui tombe du nid, mort de vieillesse froide, n'a d'autres funérailles que le silence de la neige, ni d'autres fossoyeurs que quelques charognards heureux de l'aubaine festive. La pitié et la compassion n'existent pas dans les basses sphères vivantes de la nature. Un esprit doit parvenir graduellement et lentement à une extériorisation humaine de la vie pour s'émouvoir de la mort. Ce statut d'être humain est un point remarquable, vue de l'échelle de l'univers. Cet être humain est doté d'une possibilité de vue lui permettant de percevoir l'infiniment petit, comme l'infiniment grand. Il peut voir les joies comme les peines, développer sa conscience dans la vie comme dans la mort.

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La Samain est la porte située entre ces deux états communément mis en opposition. Cela n'empêche nullement à des vieillards de décéder en été ou des nouveaux nés d'apparaitre en hiver. Mais dans la double saison annuelle des celtes la Samain marque l'entrée en hiver, une saison "morte". Le début d'un hivernage druidique propice à la recherche en soi-même. Les années précédentes le thème de fond des articles de ce blog en hiver, fut le processus de désincarnation/réincarnation, puis celui de l'endormissement nocturne avec le sommeil profond, les rêves et la latence du réveil. Cette année nous envisagerons celui du fondement de l'esprit à travers la méditation. Désincarnation/réincarnation ne peuvent s'envisager que de manière abstraite et imagée. L'endormissement/réveil est déjà plus concret bien que totalement insaisissable pour l'esprit rationnel. La méditation sur la nature essentielle de l'esprit est totalement évidente, car elle s'opère vivant et conscient... enfin, aussi conscient que les émotions et autres perturbations nous l'autorisent. Au-dessus des nuages de l'esprit, le ciel de la conscience est toujours bleu.

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Cernunos, ou le grand Cerf blanc représente le rayonnement initial et ultime, comme un jet de multiples traits de foudre qui partiraient d'un même point dans l'immensité du vide céleste. Une explosion spatiale si prodigieuse que seul le vide peut lui succéder. La Samain et Cernunos représentent en quelque sorte le nihilisme suprême. Le grand saut dans le vide d'où plus rien ne revient. Pour le corps un saut dans le vide ramenant au sol, à la Terre mère, attiré par la gravité. Pour l'esprit, le vecteur est opposé, le saut sans le vide se fait de manière ascensionnelle, vers l'infini de l'espace. Le nihilisme ultime est la séparation de ce qui fut un, la croisée des deux énergies universelles contenues en toute parcelle vivante : celle qui tend à descendre, celle qui tend à monter. Celle qui se dissout dans la masse, celle qui se sublime dans l'infini. Un paroxysme de beauté, d'harmonie et d'équilibre insurpassable au point de ne plus rien laisser derrière qui puisse être comparable. C'est par cette sublimation que la mort efface toutes les traces du passé pour le commun des mortels. C'est dans la recherche de beauté, d'harmonie et d'équilibre que les adeptes méditant marchent sur le chemin de la sagesse primordiale. Il en est ainsi depuis la nuit des temps, au sein de tous les peuples qui ont su reconnaître en eux des êtres capables d'imposer le respect par cette seule sagesse. Les celtes avaient les druides que Pythagore tenait en référence au même titre que les brahmans de l'Inde ou les mages de Perse.

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Mais comment vivre cela ? Imaginez, au temps des guerres tribales entre celtes, une armée conquérante avançant inexorablement réduisant tout sur son passage. Parvenu à l'horizon d'une ville, tous les habitants avaient fuit. Il ne restait cependant qu'un vieux druide sous un chêne, assis le regard perdu dans un tapis de feuille morte. Le chef de la horde belliqueuse fut prévenu par un lieutenant de l'étrange trouvaille que représentait le bonhomme. Et tandis que le pillage se faisait, le chef se rendit vers le chêne guidé par son lieutenant. Observant longuement le vieille homme en blanc, assis et immobile, il sorti son épée et posa la pointe froide de la lame sur la nuque du druide. Il lui dit : "savez vous que vous avez derrière vous un homme qui se tient prêt à vous trancher la tête ?". Le druide lui répondit : "Savez vous que vous avez devant vous un homme qui se tient prêt à avoir la tête tranchée ?". Médusé, le chef des guerriers fit un pas en arrière et remis son épée au fourreau. L'armée passa. Le temps passa. Quelques villageois revinrent. Il ne restait plus grand chose du village, mais le vieux druide était encore là, le regard posé dans la verdure de l'herbe qui repoussait déjà au rythme du chant des oiseaux.

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Lorsque la vie semble se finir arrive une Samain. Alors les feuilles mortes couvrent le sol, il y a ceux qui fuient, ceux qui abandonnent tout poussé par la frayeur de la souffrance, et puis, il reste quelques adeptes qui ont longuement médité sur le sens de la vie et de la mort. Pour ceux là, l'essentiel est beauté, harmonie et équilibre. La vie, la mort ne sont qu'une seule et même évidence. Tel est le sens de la fête de Samonios. Notre monde vacille dans sa course aveugle, la panique du changement s'empare déjà des esprits. Plus que jamais, un druide demeure dans l'essentiel, devant les dieux... Un jour les herbes reverdiront parsemées de primevères, et, tel un oiseau, un barde chantera...

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