Voyage dans la croyance.

Voyage dans la croyance.

Parce que le sujet est d'ordre philosophique et récurant, il est toujours utile de l'approfondir de sorte à pouvoir se situer dans le monde de la pensée ouverte vers l'inconnu qu'est la spiritualité. Après deux ans et demi d'existence, ce blog à vocation de permettre aux intéressés de se poser des questions existentielles. "Où est-ce que je me situe dans le monde spirituel ?". "Suis-je religieux, suis-je simplement ouvert à quelque chose ?". Comment est-ce que j'envisage ma place dans l'univers ?". Bien sûr, la toile de fond est l'espace celtique où le druide est l'ambassadeur d'une foi relative à cette partie du monde. Mais dans ce monde occidental, totalement désorienté spirituellement par le matérialisme et son pendant d'esprit l'individualisme, mélangé désormais au milieu de différentes communauté religieuses qui professent, s'épanouissent pour ne pas dire s'imposent sur une Terre celte d'origine, il est plus que nécessaire de trouver ses propres références. Bientôt viendra le temps où le confort matériel reprendra sa place originelle, c'est à dire la lutte pour la survie. Dans une telle perspective, malheur à celui ou celle qui n'a pas de référence intérieure solide, lui permettant de retrouver les siens face à ces masses religieuses qui ont déjà trouvé leurs forces jusqu'à s'opposer entre elles. Un être sans communauté d'esprit et d'espoir est une proie facile pour les prédateurs religieux.

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Le polythéisme est certainement la première forme de spiritualité de l'humanité. Il y a des milliers d'années, voir bien plus, l'homme orientait sa foi vers ce qui lui apparaissait le plus cohérent. Pour lui la vie était communautaire. Un individu seul n'avait aucune chance de survie dans une nature en pleine vigueur et donc forte jusqu'à lui être hostile. Les dieux vénérés étaient à l'image de ceux que l'on craint et à qui ont demande clémence. Cette conviction religieuse est assez bien envisagée dans notre monde moderne qui l'a caricaturé jusqu'à en faire un bouquet folklorique ou démoniaque. il s'agit donc de l'admission que l'aspect divin de l'univers soit multiple. Il se distingue par deux considérations potentielles. Soit on envisage que toute forme avérée est dotée d'une espèce d'esprit, lui même étant l'émanation d'une parcelle divine et en ce cas c'est l'animisme ; Soit l'être pensant cherchera à identifier les vecteurs et fondements de l'univers comme des dieux conçus à son image et celles de son entourage. Dans cette dernière conception, le polythéisme aura le visage tel que nous l'envisageons actuellement. A titre d'exemple, le monde shamanique des peuples premiers, et certainement des peuples méconnus dits de mégalithes, sont animistes. Une espèce animal ou un de ses membres, une montagne, un fleuve, les étoiles sont autant de manifestations d'esprits divins amis ou ennemis. Rituels, offrandes, sacrifices seront faits pour infléchir leur courroux ou obtenir leur aide. Les grecs, entre autres peuples de l'antiquité, personnifiaient leurs dieux et héros divins à l'image des hommes qu'ils étaient au point d'établir des rapports de cousinage avec certains de leurs contemporains les plus représentatifs.

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Le kathénothéisme est une dérive du polythéisme "à la grec". Cette vue considérera qu'il y a plusieurs sources divines mais qu'elle auront toutes un rôle de même importance et seront vénérées tour à tour. Soit le kathénothéiste réfèrera sa vénération à un cycle cosmique, soit il le fera en fonction de sa propre inspiration soumise aux conjonctures personnelles. Par l'acceptation d'un cycle universel, le premier aura une petite tendance monothéiste, par l’injonction de sa propre décision, le second aura une petite tendance athéiste. Dans son expression cosmique, la spiritualité kathénothéiste est donc un trait d'union entre le polythéisme et le monothéisme. A la fois multiple dans ses ouvertures de vue des forces universelles, et en même temps en acceptation d'un cycle régulier dans un contexte vaste. La rouelle des fêtes dans le panthéon celtique pratiquée par les cercles druidiques relève de cette vue philosophico spirituelle. C'est l'image de la Mère universelle honorée à travers tous ces fils et filles divins, dont nous ne sommes que les résultantes vivant dans le changement perpétuel. Dans son expression individuelle, la spiritualité kathénothéiste est alors un trait d’union entre le polythéisme et l’athéisme, que je pourrait nommé aussi individualisme. Cependant, si la vénération d’une divinité se fait à des fins évolutives dans un contexte n’excluant pas une collégiale, cela peut faire l’objet de la pratique d’une déité tutélaire. Cette considération, choisie ou conseillée, par soi même ou un maître, devient une force qui guide l’adepte dans la multitude des dieux, en total respect de celle-ci, en complément et sans aucune rivalité avec les adeptes qui auront une autre déité tutélaire.

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L'hénothéisme est une légère variante du kathénothéisme issue de la propre inspiration personnelle. On trouve de plus en plus de personne dans notre monde qui reviennent à une conception celtique de la spiritualité mais qui ont du mal avec ce lourd panthéon de divinités celtes. Alors ils vont en prendre une, proéminente de préférence, comme Lugos ou Dana, et vont l'honorer de manière monothéiste. En fait, il n'y a pas refus des autres divinités, mais une grande incompréhension. Donc, pour se simplifier la vie spirituelle, il vont prendre le plus représentatif et vivre avec leur ignorance divine. Notre monde celtique est pauvre d'enseignement et d'enseignants, je ne condamne donc pas les hénothéistes celtes, qui ne s'aperçoivent pas qu'il entretiennent l'idée d'un monothéisme adapté au druidisme. C'est l'appauvrissement des qualités liée à la vue, à la clarification de l'esprit qui est en cause jusqu'à mener à l'étroitesse du dieu unique. La méditation est un remède permettant d'accéder à l'ouverture de la vue profonde au-delà des concepts figés par fanatisme ou par paresse.

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Avec le monolâtrisme, l'étape suivante, nous franchissons un pas décisif. Bien que n'étant pas historien, il me semble que le premier monolâtrisme dans l'histoire des religions fut celui d'Akhenaton en Egypte. Il franchit le pas de l'hénothéisme au monolâtrisme par le choix d'Aton Râ, la lumière, sur Amon, l'absence de lumière. Ce choix fut celui du connu sur le caché, sur l'inconnaissable qui se révèle sous des noms et aspects multiples. Evidement Akhenaton le pharaon et Néfertiti sa reine se présentèrent comme les intermédiaires divins et donc incontournables de Aton le dieu triomphant sur les autres. Quand on supprime les différentes expressions divines de l'univers, il faut bien trouver ici bas un représentant de dieu, un prophète, un messie ou, à défaut un roi de droit divin. Le scénario est connu et ce qui est dommage, c'est qu'il n'y en a qu'un. Mais heureusement, il y a un clergé pour les arrivistes qui auront éventuellement l'opportunité de devenir une sainte référence divine...

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Progressant ainsi nous arrivons au monothéisme, conception d’un dieu unique dont l’accès est le privilège d’un avatar qui n’est pas un roi dans le sens mondain du terme. Son royaume est l’univers tant manifesté que inaccessible au commun des mortels qui n’y accédera que par une foi inconditionnelle. Akhenaton régna de 1355 à 1337 avant notre ère et Moise guide du peuple juif vécu entre 1324 et 1279. On dit que durant le règne du premier, les terres sous dominance égyptienne ne l’intéressait pas au point qu’il négligea les appels de ses gouvernants concernant les ambitions de conquêtes des souverains voisins. On dit aussi que Moise fut un général égyptien qui s’expatria d’Egypte avec une partie de ses habitants pour des divergences d’opinion religieuse. Il est tentant de penser que la voie que le pharaon a ouverte et qui fut littéralement effacée par le clergé religieux égyptien à sa mort ne pu que laisser des fidèles en opposition au point de préférer partir vers une Terre plus prometteuse, à défaut de promise. Mais de cette histoire, que chacun pense ce qu’il souhaite... Un chose certaine, la religion juive est la première religion monothéiste qui, chronologiquement, a vu le jour et tiré un vaste essor jusqu’à nous. Chaque expression du monothéisme à travers ses trois courants de pensées se base sur un prophète, un guide, un messie, mandaté par dieu lui-même, dont la parole est contenu dans un livre saint, se référant à un lieu saint et à un peuple de dévots bénéficiant de la grâce de dieu... Ce monothéisme est indirectement humano centriste car dieu à placé l‘homme au centre de l‘univers pour en faire un être exceptionnel, à son image... En ce cas tout est dit, et aucun commentaire n’est avisé, sauf par un clergé au pouvoir, bien sûr.

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L’Inde est peut être la plus vieille souche civilisationnelle de ce monde. Sur cette vieille Terre toutes les formes religieuses, philosophiques ou spirituelles se sont côtoyées. Le monothéisme y existe donc mais il s’insère à une place précise comme une pierre dans une voute, sans revalorisation particulière. Il se place entre le polythéisme traditionnel sous toutes ses formes et l’athéisme contemporain, et se conjugue par les dévots de Krishna sous la forme d’un hénothéisme. Mais les indiens n’ont jamais franchi le pas d’un monothéisme absolu et exclusif tel que celui des trois religions qui dominent le monde jusqu’à l’étouffer en esprit. Au delà d’un impérialisme moral, c’est aussi des guerres sans fin qui depuis plus de deux mille ans perdurent au nom d’un dieu qui est le même pour toutes ces religions, mais que chacune ne voit et reconnaît qu’à travers ses propres intérêts mondains. Les version kathénothéiste indiennes restent liées au polythéisme par un besoin de reconnaissance des autres courants. Même un avatar comme Krishna finit par trouver un lien avec les dieux anciens pour faire valoir sa toute puissance divine. A t on vu un des dieux des trois religions monothéistes être reconnu comme étant né de la Terre et du Ciel...? Non, dieu est toujours au-dessus de tout, jusqu’à ne plus avoir aucun lien avec ce monde et s’entourer d’un mystère tellement grand que l’ignorance qui en ressort pour les humains les laissent dans la servitude des représentants de sa sainte religion ici bas. C’est le culte de l’ignorance des lois universelles que la science n’a eu aucun mal à terrasser. Ceci jusqu’à ce que le fanatisme religieux fasse table rase de la technologie par la destruction.

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En Inde, au-delà de l’hénothéisme, plane dans certains Maîtres un monothéisme universel. Ramana Maharshi est certainement le Maître indien le plus significatif de ce courant, durant le XXème siècle. Par l’introspection analytique, le yoga du souffle et la dévotion bienveillante, il fut l’ambassadeur d’un courant spirituel digne d’une grande école pour un Adepte druide. Même si l’atman est le soi individuel, qui doit réaliser le soi universel, contenu en lui et en tout, il n’y a aucun rejet pour les autres visions traditionnelles religieuses. Toute autre manifestation est comprise dans la multitude des phénomènes contenus dans le soi universel et donc reconnaissable en le soi individuel. Il n’y a donc aucun rejet des divinités quelles qu’elles soient, polythéistes, animistes ou autres, ni besoin d’autosuffisance conduisant à une suprématie divine inaccessible.

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Dans le désert spirituel qu’est devenu notre monde occidental, nous pouvons dire un grand merci à tous ceux qui ont participé de près ou de loin à ce grand courant de pensé anarchisant. Le « ni dieu, ni maître », le « jouir sans entrave » et autre « interdit d’interdire », ont réussi à fixer la base de l’autodestruction que nous voyons actuellement se faire méticuleusement. S'ils avaient quelques raisons de ne pas être satisfait de ce monde que les vainqueurs du nazisme leur avaient laissé, pour leur liberté, on peut dire qu’ils en ont bien profité. Ils ont révolutionné leur civilisation héritée comme un gosse de riches s’offre un magasin de jouets juste pour le plaisir de tous les casser les un après les autres. Toutes les valeurs spirituelles ont été démolies ou détournées. Il a fallu tout libérer comme si tout était emprisonnés par l‘orientation spirituelle. On a libéré le sexe pour une dénatalité, puis la condition féminine pour objectiver le corps des femmes, puis amnistier internationalement pour suspecter les victimes au profit des coupables, protéger tout ce qui leur ressemblait jusqu’à en faire les martyres de la cause unique, celle de l’homme victorieux sur dieu. Cet homme est l’homme unique, celui qui ne vit que pour lui, son plaisir et celui de ceux dont il a besoin pour son plaisir, l’athée. Le culte de l’autosatisfaction universelle est imposé. Et comme le chantait Brel : « les bourgeois c’est comme des cochons, plus ça devient vieux plus ça devient bête... » jusqu’à ce que les revendicateurs deviennent à leur tour de vieux bourgeois. Ainsi avons nous depuis quelques décennies des révolutionnaires qui se sont cultivés jusqu‘à obliger le monde entier à croire qu‘il n‘y a rien de supérieur aux droits de l‘homme. Ces bourgeois bohème aux grands coeurs, cherchant peut être à se déculpabiliser d’avoir un peu trop réussi, se laissent parfois aller vers une ouverture de pensée. Oh ! pas religieuse... vous pensez bien ! Mais altruiste et relaxante. Le yoga d’abord, puis les philosophies et spiritualités douces sont devenues la ligne de pensée de certains. Ainsi quelques athées opportunistes se sont recyclés vers des causes nobles. L’aide aux démunis du monde entier, sauf celui du coin de la rue à côté, est devenue la cause référente à la bienveillance. Le bouddhisme et son message de compassion fut beaucoup plus présentable que la compassion chrétienne, car moins chargée de lutte entre l’église et l’état. L’ère de l’athéisme spirituel était ouverte. La liaison entre ces deux concepts est une liaison dangereuse, voir un peu moqueuse, j‘en suis conscient. Mais, parmi tous ceux qui montraient du doigt les cathos qui allaient à l’église tous les dimanche pour se lâcher en médisance le reste de la semaine, on retrouve parfois quelques similitudes avec les patients assis sur des coussins de méditations dans des Temples aux peintures dorées. Certains se vidangent tellement l’esprit dans des méditations qu’ils finissent par ne plus voir la réalité du monde dans lequel ils vivent. Le monde reste en perdition, anesthésié par le désir de préserver ses petits acquis personnels, et de nombreux méditants occidentaux sont loin d‘être des Mère Theresa. C’est le temps de l’anarchie bienfaitrice de l’humanité. On comprends qu’athéisme et individualisme soit comme deux jumeaux, et que l’ouverture à la méditation de certaines personnes puisse devenir une sorte de « branlette » spirituelle. Un « truc » pour se faire plaisir et se donner bonne conscience, une technique de bien être orientée vers son propre développement parce qu’on finit par se visualiser dans une vérité au dessus de la masse des ignorants. C’est la marque d’une absence de sens collectif telle qu’une communauté le suggère, avec ses inévitables différences, sans parler des inévitables divergence et parfois les conflits.

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On peut donc se demander, à quoi peuvent bien servir tous ces concepts philosophico-religieux ? Que certains se rassurent, pour eux cela ne sert à rien. Ils ont déjà trouvé leur voie, et un train n’ira jamais ailleurs que là ou ses rails le guideront. Mais pour d’autres, il en est autrement. L’examen des phénomènes qui nous entourent ainsi que ceux qui se passent au plus profond de nous jusqu’à nous conduire à des passions, des certitudes rigides et incarcérantes, restera toujours un champ d‘évolution par la remise en question de nos propres vues d‘esprit. l’investigation donne la lucidité quant à sa propre place au milieu de toutes les places potentielles. Ainsi l’inconnu devient connu. Le lâcher prise de ses propres visions erronées offre un dégoût pour les idéologies, les religions dogmatiques et le sectarisme sans pour autant renier les siens ou les laisser pour solde de tous comptes. La pensée devient plus claire, et le « soi » se place au centre du coeur, siège de la liberté, porte de l’univers. Mais comme je le disais plus haut, certains ne sont pas fait pour l’introspection analytique et on besoin de rails pour avancer. Pour eux, un Maître et une voie spirituelle, ou à défaut un livre et un dieu, sont prioritaires.

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Comment envisager un druide dans ce dédale à penser ? Une dose de polythéisme tendance animistes tels des shamans, car le Ciel, la Terre et leur fruit, la nature restera un lien fort, une toile de fond sans laquelle rien ne peut être conçu. Une autre dose de kathénothéisme, car la rouelle annuelle des fêtes celtiques nous force à honorer les nuances divines qui s’expriment autour de nous dans l’espace et dans le temps. Mais si on admet une dose de monothéisme cela ne peut se faire que dans la malle héritée des indo européens. C’est dans une vision indienne pan universelle qu’il faudra l’envisager et non dans un concept de culte d’un dieu unique. Pour un druide, l’unique n’est qu’une acceptation de principe transitoire, comme un code de la route intégrant tant d’obligations toutes nécessaires qu’il faut honorer en divers circonstances. Si on accepte de relier le druidisme à l’athéisme, ce n’est que lors d’une pratique individuelle et quotidienne destinée à nous renforcer dans le but d‘une meilleure communication avec les autres. Analyse, maîtrise du souffle et bienveillance envers nos proches au sein de la communauté celtique. Personne ne peut se sauver tout seul, un jour ou l’autre il faut reconnaître les siens et être capable de leur apporter ce qu’on attend d’eux.

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