La carte du monde.

La carte du monde.

 

La carte du monde est l'exposition de la Terre sacrée où à lieu l'initiation tout comme n'importe quel rituel. Cette représentation symbolique est établi entre les quatre points cardinaux, pour celui ou ceux qui entreprennent une entrée dans la spiritualité des druides. Autrement dit : c'est comme reconnaître le décor alentours de la plus grande scène où toutes les comédies et toutes les tragédies peuvent être jouées, ou encore se situer soi-même au sein de l'immensité de l'Univers.

 

Tous ceux ou celles qui ont assisté à un rituel exercé par des druides ont quasi immanquablement vu l'insistance qui est apporté pour se déterminer aux quatre points cardinaux. Mais bien évidement, il n'y a pas que les druides, représentants de la spiritualité celte qui opèrent ainsi. S'établir, ou établir un ensemble d'adeptes au sein des quatre points cardinaux est propre à bien des spiritualités. J'oserai même avancer que cela est commun à toutes les spiritualités à l'exception des religions monothéistes pour qui, même si les quatre points cardinaux entrent en ligne de compte pour l'établissement des formes architecturales, ils ne sont pas l'objet du rituel lui-même. Ces religions sont trop préoccupées par la vision unique de dieu et de l'homme, fait à son image, pour ne pas le placer au centre et du coup prendre le risque de croiser d'autres visons divines parfois contradictoires et nécessairement déstabilisant le principe de supériorité central.

 

Il paraît difficile de trouver une autre appellation que "carte du monde" pour tenter de décrire les énergies opposées et complémentaires du cosmos. En sanscrit, cela se nomme mandala. Mais se terme a tellement été galvaudé par passion d'exotisme des divers mouvements new âge qu'il finit par tout dire dans une profonde insignifiance. Seul les adeptes de l'hindouisme ou du bouddhisme en conservent une compréhension référentielle, suivant les diverses écoles. Chez nous européens, le terme mandala est victime souvent d'une imagerie matérialiste qui s'achève dans un art à 4 sous, une spiritualité plastique, ou des techniques de bien être psychique... Vous avez le choix.

 

La carte du monde est la clé de voute qui permet de faire le lien entre ce qui est en dedans et ce qui est en dehors. Autrement dit : ce qui est correspond à "moi" et ce qui correspond aux autres phénomènes. Ces deux aspects sont semblables à une pièce de monnaie avec ses deux faces. Il y a dans cette vision orientée du monde une sorte de cosmogonie, de regard sur la construction de ce qui est. Inévitablement, si on considère ce qui est, ce qui n'est pas, ou tout au moins pas encore, ou plus, est également présent. L'orientation même d'une carte est un ordre qui s'oppose à un désordre, celui d'être désorienté. La notion de carte de l'univers dans le monde des druides et son expression aux quatre orients relatifs à un centre n'a d'autre justification que de savoir où on se trouve, en tant qu'être humain, par rapport au point où on souhaite demeurer, par rapport aux dieux, ou par rapport à toutes autres considérations spirituelles. Il s'agit d'une sorte de plan qui permet de se rendre vers la connaissance, vers l'île aux trésors qui exercent tous les souhaits, vers Avalon. Comprendre le double aspect devient plus aisé en admettant que cette carte révèle les moyens disponibles et les lacunes individuelles, autant que les opportunités et obstacles qui peuvent être rencontrés lors de la démarche.

 

C'est la notion d'espace issue de la vastitude de l'univers qui fonde l'idée même du besoin des repères cardinaux d'une carte universelle. La sensation d'être "moi", avec un corps, une famille, une communauté, une religion, etc... tous ces concepts nous obligent à prendre en considération l'espace autour, dans la vastitude cosmique dans lequel notre propre monde s'insère. Cette réalisation devrait déboucher sur le fait que nous ne sommes des individus qu'en tant que partie infime de la vastitude, une partie qui, parce qu'elle se meut dans une direction ou une autre a un libre arbitre qui lui offre l'idée d'être unique et supérieur en intérêt au reste du monde. Hors toute la question est là : allons nous rester figé sur "un monde à soi" ? Sommes nous heureux éternellement dans l'autosuffisance ? Allons nous accepter une vision unique de l'univers depuis notre petit piedestal, vision où tout serait lumineux au point qu'on se contenterait de prétendre que tout ce que nous ne comprenons pas s'appelle dieu, histoire de ne pas se mettre dans une position déstabilisante ? Ou, inversement, va t on être capable de se mettre en mouvement vers un nouvel horizon et de franchir les limites connues quitte à devoir affronter ou accepter des concepts qui nous dérangeaient ?

 

La carte du monde est un espace délimité par les quatre horizons extérieurs dont l'est, le sud, l'ouest et le nord ne sont que des appellations conventionnelles définissant sans le nommer le centre comme un cinquième horizon, élément immuable et subtil. On demeure bien sûr libre de rester figé dans une béatitude divine au point de ne plus envisager de bouger et de se gargariser de la vérité d'un état. Mais se mouvoir librement dans toutes les directions possibles jusqu'à en percevoir l'intime spécificité de chacune, vivre l'expérience sans attente préconçue peut au final offrir par la réalisation de la vastitude de l'univers, un parfum d'unicité avec celui-ci, une sensation d'unique à travers le multiple. Telle est l'initiation, une rencontre avec l'inconnu, un bouleversement de notre propre monde, une désorientation qui débouche sur la certitude. S'engager à travers la carte du monde jusqu'à la cosmogonie des dieux demande le courage de l'abandon des repères qui nous suivent de vie en vie, des petits conforts intellectuels que nous nous sommes fournis dans cette vie.

 

Se figer au centre du monde est transformer les quatre horizons en quatre murs de prison. Aucune évolution n'est possible car un repli sur soi n'entraine qu'une claustrophobie. Bon nombre de religions amènent à cet état. Si on accepte de rentrer en union avec l'espace, par une acceptation de son absence de limite, une grande énergie naîtra en nous. Cette énergie est celle de Teutatès qui pousse hors de la matrice, vers l'inconnu. Si l'espace est perçu comme quelque chose de purement matériel, cette énergie sera absorbée par le matériel. Au contraire si on s'engage vers la réalisation de l'espace illimité, l'énergie qui surgira sera semblable à un rayon de lumière éclairant tout ce que l'esprit percevra comme une nouvelle connaissance disponible. Mais au-delà de ces deux vues contradictoires, on ne peut abandonner l'espace matériel au profit d'un espace illusoire, car trop illimité. Les deux vues sont indissociables et nécessaires comme les deux faces d'une même pièce de monnaie. Essayez d'acheter quelque chose avec une pièce de monnaie qui aurait la même face des deux côtés... on vous la refuserait immanquablement. Une carte du monde sera symbolisé par un ou plusieurs aspects, donc plusieurs expressions matérielles, tout en restant la référence d'une liberté illimitée.

 

Si il y a un centre, c'est qu'il y a une périphérie, si il y a une périphérie, c'est qu'il y a un centre. L'indissociabilité de ces deux vues complémentaires est une logique philosophique, mais aussi psychologique si ce centre est "moi" et la périphérie les "autres", la société, le cosmos, l'univers dans sa vastitude. Ne concevoir que le centre est un refus de concevoir et de chercher à découvrir la vastitude manifestée par l'espace universel. La carte du monde est l'image de la société, du cosmos de tout ce qui est autre à la sensation d'être soi-même. Ce sujet est le cœur même de l'initiation, il convient de bien essayer d'en comprendre le sens, une suite à cet article sera nécessaire...

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×