"Que suis-je ?".

" Que suis-je ?".

 

Dans la poursuite de la compréhension de notre nature qui n'est ni plus ni moins que celle de l'univers tout entier, il est intéressant de regarder notre constitution. Elle aussi sera directement liée aux 5 horizons. Ils apparaissent, encore, comme une distinction graduelle allant du plus grossier au plus subtil. Chacun d'entre nous, au moins parmi ceux qui acceptent de se regarder en profondeur face au miroir de la réalité, peut voir à quel point nous pouvons être lourd ou délicat. Ceci tant dans notre ressenti propre que dans nos comportements mondains. Cet établissement des 5 corps constituant un être vivant est le tremplin pour l'étude d'une médecine élémentaire comme un outil de compréhension des phénomènes résiduels durant la méditation.

 

Nous sommes comme 5 enveloppes qui seraient glissées les unes dans les autres, de la plus grande en matière grossière, jusqu'à la plus subtile aussi fine et réduite qu'invisible. La première est bien sûr le corps formel. Ce phénomène constitué d'une infinité d'éléments vivants regroupés selon leurs propriétés en os, muscles, tendons et nerfs, système lymphatique et organes vitaux. De ce corps émerge la conscience issu du toucher. C'est la porte principale qui ouvre sur le monde extérieur, celle qui nous donne accès à ce que nous prenons pour la réalité du monde. C'est la perception dans son état le plus primitif, sans distinction ni interne ni externe.

 

La seconde enveloppe, qui est aussi un corps, est la sensation. Bien sûr les sensations viennent du système nerveux du corps physique, mais c'est en tant que résultat et non en tant que cause qu'il est ici entendu. Toute cause trouve une origine dans le corps, entre autres sources. La sensation est liée au sens du goût, ce qui le plus vitalement nous dit "j'aime", "je n'aime pas", ou reste placide, sans réaction. Cette source de réaction est le premier mouvement constructif de la vie. Au stade précédent la vie demeurait figée dans un état inerte. A partir du moment où il y a sensation, il y a réaction et mouvement. On pourrait avancer que les premiers stades de vie organique ont pleinement développé la sensation. Avant, la vie est en latence, en attente d'expression.

 

Puis, vient la troisième enveloppe, la distinction. Ce corps correspond au sens de l'odorat, ce sens subtil qui nous permet, parmi de nombreuses possibilités acceptées ou rejetées, de reconnaître, d'identifier et classifier les phénomènes tant extérieurs qu'intérieurs. A ce stade, l'esprit est encore subordonné à un mécanisme plus ou moins instinctif. Les événements sont perçus et reconnus mais la détermination reste soumise à l'opposition entre acceptation, rejet ou indifférence. L'identification n'est qu'un plus permettant un développement plus particularisé de l'esprit et donc du corps porteur de l'être.

 

La quatrième enveloppe est la volition, cette particularité qui permet un choix. Ce corps est déterminant, car c'est celui qui permettra au porteur d'esprit de se distinguer des autres phénomènes. Ses sensations l'ont amené à vivre activement, la distinction lui permet d'avoir un catalogue des références positive ou négatives, la volition va maintenant l'amener à faire des choix intelligents parmi tout ce qui est à sa disposition. Des choix qui vont devenir concret par sa volonté propre. A ce stade l'être est quasiment complet par sa possibilité d'indépendance dans le monde où il évolue. Le sens relié à la volition est l'ouïe. L'intelligence est issue de ce qu'on aura écouté et non entendu. Mais il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre lorsque la volonté est excessive.

 

La cinquième enveloppe est la conscience qui s'apparente au sens de la vue. Ce sens comme les précédent est présent dès la formation du corps et participe au développement progressif de l'esprit. Mais sur le plan symbolique, la conscience est la lumière interne de l'esprit qui dévoile les ombres les plus subtiles. Elle œuvre comme un phare dans la nuit qui peut être vu par le bateau et qui lui révèle sa position dans l'espace. C'est la raison qui place la conscience comme une porte ouvrant sur l'espace infini, accessible à ceux qui développent la vue pénétrante.

 

De ces 5 corps, on peut se demander où se trouve le "moi", celui qui dit je suis ? Ce n'est pas dans le corps, bien que celui-ci en soit le reflet, une forme façonnée par ce que nous sommes à un instant, sur une mimique d'un trait de visage, ou ce que nous sommes après des années par les aspects de grandeur, petitesse, grosseur ou maigreur, les cicatrices ou autres marques de vécus. Le corps est notre véhicule fait sur mesure selon nos critères propres. Il est issu du monde minéral par la matière qui le constitue, végétal si on lui ajoute la force de vie qui coule en nous par le sang. Non, habituellement, on situerait plutôt le "moi" dans l'esprit, c'est à dire les quatre corps suivants, plus subtils. Le premier, la sensation qui dit tout le temps "c'est bon, c'est bien" ou "c'est mauvais, c'est mal" est, bien au-delà de l'indifférence neutre, la marque du dualisme qui nous force à l'instinct primaire. Si le moi était là, il serait végétal, animal tout au mieux. Donc ce serait dans le corps d'identification ? Ce n'est pas parce que l'on classifie ce qui nous aide ou nous détruit, que pour autant la personnalité d'un être est humainement accomplie. La reconnaissance du groupe ami ou ennemi est lié à un "moi" communautaire. Ce "moi" communautaire est principalement animal et parfois humain en cas de crise... on s'en aperçoit de plus en plus dans notre monde. Ce "moi" qui pense exister se situerait davantage dans le corps de volition, cette intelligence qui tend à un individualisme si humain. Mais il n'est pas seulement humain. Car dans les pouvoirs que l'individualisme confère, il y a aussi une part divine, la plus basse qui soit dans ce domaine, celle de pouvoir agencer son destin, par des choix déjà un peu éclairés. Le privilège de cette enveloppe est de donner accès à la notion de destin et donc de pouvoir influer sur celui-ci dans les actes présents. Il reste la dernière enveloppe, la plus transparente, la conscience. Les trois partie précédentes forme ce qu'on peut appeler le mental, c'est à dire la partie "mécanique" de l'esprit qui est à l'origine des pensées qui parcours l'esprit en permanence. On pourrait aussi appeler cette partie de l'esprit l'intellect. Et suivant l'enveloppe dans laquelle elles prennent source, les pensées sont donc de nature spontanées, superficielles ou analytiques. Si vous avez une voiture, elle aura une carrosserie. Mais elle aura aussi des éléments plus ou moins informatisés qui serviront de commandes, d'indicateurs divers et pourquoi pas de guide par un GPS. Tout cela n'est pas le conducteur qui pourtant est dans la voiture lorsque celle-ci roule. Il en est de même pour le "moi". Même si le mental fait partie de l'être et donne souvent l'aspect d'être le plus sollicité, il n'est pas l'unique aspect de la personnalité que prétend "je pense donc je suis".

 

Donc il reste la conscience. Cette enveloppe est l'ultime limite de la vie. En ce sens elle est à la fois l'espace illimité, car il est possible d'avoir conscience de choses qui sont très éloignées de nous dans l'espace ou le temps, mais elle est aussi l'éclairage nécessaire pour que la vision intérieure soit conforme à une réalité plus ou moins nette. Le sens de la vue lui est joint symboliquement par la jonction des couleur du spectre lumineux qui permet aux enveloppes précédentes d'appréhender les formes et les couleurs. On peut dire que c'est par cet éclairage que le "moi" se révèle et que le sentiment de "je" suis, le "j'existe" , peut auto-exister. La conscience est l'auto révélation, l'auto réalisation de sa propre existence. Mais ce "moi" est-il de nature divine ? Ou est-il seulement de nature co émergeante à la matière organique et biologique dont il est issu ? Quelle est donc la nature fondamentale de ce "moi" ? Seule la nature de la conscience peut offrir un réponse. Et pour cela il faut la replacer dans les enveloppes précédentes enfilées les unes dans les autres, telles des poupées russes.

 

La nature de la conscience est sans substance propre, incolore, sans distinction particulière. Dans la nuit le bateau voit la lumière du phare et non son apparence formelle. C'est donc la nature des pensées qui peut indiquer ce que la conscience qui les éclaire peut bien être. Celles-ci seront grossières ou subtiles tout dépend ce qui mobilisera la conscience. Mais la majeure partie du temps, les pensées qui se succèdent ne sont pas reconnues par la conscience elle-même. Les pensées défilent en nous poussées par le vent du destin, sans que nous puissions avoir un retrait nécessaire pour que l'éclairage de la conscience puisse nous permettre si ce comportement est conforme ou non à nos aspirations profondes, lorsqu'il y en a. La conscience éclairante détermine un individu, un "moi", suivant la qualité et quantité de pensées qui circulent depuis les 4 corps inférieurs issue du destin. Mais si elle déterminait ce que nous sommes par rapport à un détachement des pensées aliénantes, alors elle révélerait en pleine lumière notre nature profonde, universelle par l'état de liberté insondable. C'est l'éveil de la conscience à l'espace et au temps infinis, au-delà de tous les concepts de la pensée ordinairement orientée par le mental des 3 corps de l'esprit incarné. Si tel est la disposition de la conscience, alors même durant le sommeil profond, la conscience demeurerait présente. Et lors de l'extinction des fonctions du corps et du mental la même présence d'un reflet lumineux de conscience demeurerait, sans nom, sans forme, sans émotion, comme une bulle dans l'océan, une sphère de lumière dans l'espace infini.

 

Ce n'est donc pas dans le mental que se situe le "moi" de manière intrinsèque. Sensation, identification, volition ne sont que des parties de l'individu de plus en plus subtiles, ancrées dans le corps en tant que base formelle dans le monde matériel. Elles sont normalement au service de la conscience qui en quasi permanence ressemble à un roi détrôné par ses sujets, restant sans pouvoir ou presque. Ainsi le "moi" reste plongé dans l'ignorance lors du sommeil profond, ressurgit avec le mental lors des rêves et reprend le contrôle total au réveil dans le monde de ce qu'il dogmatise comme étant la réalité unique en référence au corps et les phénomènes que celui-ci appréhende par les sens physiques. la conscience devient un laquet qui tient la chandelle pour ses serviteurs qui se disputent son éclairage plutôt qu'à un roi qui gouverne avec justesse. Les Adeptes druides ou d'une autres spiritualité de sagesse la développent sans relâche jusqu'à l'accomplissement de l'élargissent et la purification de la conscience. Peu à peu, tel un soleil qui brille de manière permanente alors que la Terre tourne en alternance de jour et de nuit, de lumière et d'obscurité ; ils entretiennent une partie de leur conscience en sommeil, en rêve, en veille, en vie comme en mort, illuminant l'obscurité de l'ignorance. Ils dansent au milieu et avec les illusions.

 

On peut admettre que le "moi" est principalement contenu dans les 3 corps du mental, de l'aspect intellect d'un être, et que sa racine serait plus profonde, qu'elle viendrait du fond de la nature de la conscience. C'est une vision psychanalytique nommé inconscient. Ce qui est dommage dans cette résolution, c'est que cela crée un dualisme qui bloque la conscience dans le côté mondain des 4 enveloppes inférieures, plus grossières. On peut aussi imaginer que le "moi" ne soit pas enfermé du côté du mondain, et que la plus subtile forme de la conscience soit également une partie du "moi". Ce serait alors une partie insondable et universelle, en quelque sorte au-delà des 5 enveloppes, au-delà de la partie de la conscience qui éclaire nos sensations, nos révélations et nos déterminations. Cette partie de la conscience est périssables avec les corps mineure qui lui sont référente. Cet aspect d'une sorte de supra conscience, ou conscience de la conscience est contenu entre chacune de nos pensées. Lorsque nous pensons à un objet, au moment ou un bruit éclate et que notre conscience quitte l'attachement à l'objet pour s'impliquer dans l'identification du bruit, il y a un changement brutal. Une cassure entre deux références de pensée. C'est dans cette cassure, interstice temporel infinitésimalement court que se trouve la conscience de la conscience. La libération est contenu ainsi dans chaque instant de note existence. La pierre philosophale qui change tout est sous chacun de nos pas. Chaque situation, au-delà des circonstances et nos tendances réactionnelles conditionnées par le destin est une opportunité pour avancer vers le développement de la conscience libre. A quoi servirait donc la vie, si ce n'est pour évoluer, ne serait-ce qu'un peu...

 

Un druide doit-il atteindre une telle profondeur de conscience pour être reconnu druide ? Si la réponse était oui, cela ressemblerait à un dogme qui bloquerait toute possibilité d'évolution spirituelle pour les celtes. Aujourd'hui, très peu de druides pourraient affirmer une telle réalisation en étant honnête envers leurs semblables et surtout eux-mêmes. Rien ne peut prouver qu'ils aient été nombreux dans le passé lointain des gaulois à avoir réalisé cet état spirituel avancé. Mais les écrits grecques sont impartiaux et nos disent qu'ils avaient fortement développé les 5 formes de sagesse qui laissent admettre qu'il y avait parmi eux des êtres de grandes réalisations intérieures. Quant aux druides de demain... Il serait souhaitable qu'il y en ait parmi eux qui puissent dépasser le stade de doués exécutants de rituels collectifs grâce à un entrainement quotidien prononcé et soutenu durant des années en vue de la réalisation de leur propre nature fondamentale. Car même s'il est plus attrayant de s'occuper de la nature écologique, de celle des symboles, de la cultures et des traditions qui en découlent, il n'en reste pas moins nécessaire d'avoir une teneur intérieure qui devienne l'assurance et l'inspiration de tous les émules des générations futures. Les druides politiques, les druides philosophes, les druides scientifistes ou religieux, les bardes poètes, musiciens ou conteurs, les ovates guérisseurs ou devin seront toujours utiles au fonctionnement d'une société. Mais leur crédibilité ne sera jamais fondée sur autre chose que leur réalisations propres et intérieures. Ce qu'il seront les seuls à avoir vécu, d'autres le ressentiront à leur contact. Ainsi naît confiance, admiration et émulation, bases d'une grande spiritualité.

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